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15.05.2007
Lady Chatterley, de Pascale Ferran
En choisissant d'adapter la deuxième des trois versions du dernier roman de D.H. Lawrence, Pascale Ferran (Petits arrangements avec les morts, L'âge des possibles) a pris le parti de la sensualité. Bien plus que dans les deux autres versions, les personnages de Constance "Connie" Chatterley et d'Oliver Parkin existent en effet dans leur chair.
Cette chair est évidemment montrée dans le film de Ferran, mais la réalisatrice et co-adaptatrice n'en fait pas trop ; rien de choquant, de pornographique dans les scènes d'amour, qui d'ailleurs n'interviennent qu'après le premier tiers du film. Les trois premiers quarts d'heure servent à présenter les protagonistes dans les rôles que la société britannique de l'époque (l'entre-deux guerres) leur a assignés : blessé lors de la première guerre mondiale, Sir Clifford est un aristocrate froid, un patron inflexible, un mari distant qui se voudrait autoritaire, mais que son infirmité empêche d'être totalement un époux. Constance est dévouée, effacée, presque éteinte.
Le choc sensuel aura lieu alors que Constance, chargée par son mari de faire une commission à leur garde-chasse, Parkin, en l'absence de leur valet souffrant, trouvera l'homme, torse nu, à sa toilette. Tremblante, visiblement remuée jusqu'au tréfonds d'elle-même, elle évite son contact, même lointain, pendant quelque temps après cet épisode.
Mais le feu éveillé par ces quelques instants sera le plus fort. Alors qu'elle se balade dans leur propriété, elle débouche sur la clairière dans laquelle est posée la cabane où Parkin "bricole". Les premières tentatives d'approche sont, de part et d'autre, maladroites ; Parkin se révèle aussi sauvage que son physique un peu fruste le laisse penser. Quant à Connie, elle est encore toute chamboulée par les nouveaux sentiments qui l'habitent. Il faudra plusieurs visites, puis la permission donnée par Parkin à Connie (qui n'en avait pas besoin, étant maîtresse du domaine) de venir se reposer à la cabane quand elle en ressent le besoin, avant que la rencontre n'ait vraiment lieu. C'est le début d'une relation passionnée, qui va faire retrouver son corps à Parkin et découvrir le sien à Constance.![]()
Bientôt, il devient clair que le lien qui les lie n'est pas uniquement physique ; le besoin qu'ils ont l'un de l'autre dépasse leur besoin de faire l'amour ensemble. La décision que prend Constance d'accompagner sa soeur en voyage vers le sud de la France va les séparer pour quelques semaines...
Je ne dirai rien de l'histoire après ce tournant scénaristique ; je préfère m'attacher à dire ce qui, dans cette oeuvre, a particulièrement attiré mon attention.
Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé la manière dont Pascale Ferran filme la nature, tour à tour apaisante et actrice à part entière de la passion qui lie Parkin et Constance. Végétation, cris des oiseaux, tout est fait - et très bien fait - pour baigner le film dans une atmosphère naturelle qui contribue, bien sûr, à nous faire comprendre que la relation entre Lady Chatterley et son amant est, elle aussi, des plus naturelle.
De même, la manière qu'a Ferran de filmer les corps, qu'ils soient habillés ou nus, procède de ce naturalisme (de très bon ton, à mon avis) : tout dans le rapport au corps des amants, après un temps d'adaptation, est simple. Le tournant, le moment où l'on comprend qu'il y a bien plus entre Constance et Parkin qu'une relation physique, est la scène où elle lui demande de se montrer nu à elle avant d'éteindre la lumière pour lui faire l'amour. Dans son ton, dans la manière qu'elle a de le lui demander, dans son regard quand il se déshabille, un peu gêné encore, on comprend qu'elle est amoureuse, et c'est magnifiquement rendu.
J'allais oublier que le film a été couronné par pas moins de cinq César cette année : meilleur film français, meilleure actrice pour Marina Hands (époustouflante, il est vrai !), meilleure adaptation, meilleure photographie, meilleurs costumes. Un raz-de-marée dont je ne peux juger que certains des éléments.
Marina Hands, je viens de le dire, est incroyablement juste dans son interprétation d'un personnage pourtant complexe, engoncée au départ dans les exigences de son rang social et qui, par la force d'une rencontre, de la découverte d'elle-même, va peu à peu s'émanciper de la tutelle de son milieu pour vivre, réellement, enfin. On peut en effet voir sa relation avec Parkin comme une révolution, une déclaration de guerre aux règles de la bien-pensance de l'époque. Marina Hands rend parfaitement, dans son jeu (son ton, son visage, son corps), les transformations successives de ce personnage dont on a trop souvent, parce que c'est ainsi qu'elle est présentée dans les autres versions du roman, et notamment la troisième, qu'on connaît le mieux, fait une cérébrale et qui se révèle ici, une fois débarrassée de la gangue que constituent les obligations sociales du "paraître", instinctive et sensuelle.
Quant à Jean-Louis Coulloc'h, il est parfaitement convaincant dans le rôle de l'ours solitaire dont on apprend peu à peu l'histoire et les motivations.
Hippolyte Girardot, enfin, sait être tout à fait froid, égoïste, mais aussi montrer les sentiments que lui inspirent les propos de sa femme quand elle lui apprend qu'il se pourrait qu'elle tombe bientôt enceinte. Il se ressaisit cependant assez vite, et met une condition aux infidélités de son épouse : que l'héritier à naître soit biologiquement anglais, et de bonne famille...
L'ambiance du film ne doit pas peu au talent de Julien Hirsch, le chef opérateur, qui a su au mieux capter la lumière naturelle pour illuminer végétation et humains, puis rendre très habilement le rapprochement entre les amants en baignant les scènes d'amour de tons de plus en plus chauds. Magnifique ! Le jeu de costumes orchestré par Marie-Claude Altot joue le même rôle.
Ce film est une véritable réussite : c'est un hymne à la liberté, à la sensualité, et sa conclusion, même si elle est moins ouvertement optimiste que celle de la version connue du roman, laisse ouvert assez largement le "champ des possibles" pour les amants.
11:55 Publié dans Cinéma - DVDthèque, Littérature - Romans | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : chatterley, hands, coulloc'h, lawrence, ferran
Commentaires
Je n'ai pas vu ce film au cinéma, mais en DVD, et je me suis ennuyée... Mais ce que tu écris là est assez convaincant. Il faudrait peut-être que je le revoie -:)
Ecrit par : Cam | 23.05.2007
Moi aussi je l'ai vu en DVD... et adoré comme tu as pu le lire. Il faudrait que tu me dises ce qui t'a ennuyée !
Ecrit par : Thomas Deslypper | 23.05.2007
A vos magnétoscope, une version longue sera diffusée sur Arte courant (fin?) juin.
Film magnifique. La scène finale est si touchante.
Ecrit par : Jean14e | 11.06.2007
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