30.04.2008

Crimes à Oxford, d'Alex de la Iglesia

797517230.jpgUn jeune thésard américain en mathématiques, Martin, débarque à Oxford avec dans la tête l'idée de demander à l'un des plus grands professeurs de l'université, Arthur Seldom, de le diriger dans sa recherche. Il a trouvé à louer une chambre chez une vieille dame et sa fille, jeune mais aigrie par les années de soins prodigués à sa mère malade et la mise de côté de sa propre vie. La vieille dame en question se trouve être la veuve du mentor du professeur convoité par le jeune homme.

Pour se faire remarquer, Martin assiste à l'une des conférences de Seldom et s'y exprime ; la rebuffade qu'il essuie le décourage et il décide de tout abandonner. Au seuil de la maison, où il est retourné pour faire ses bagages, il tombe sur... Seldom, qui lui dit être venu rendre visite à une vieille amie. Ils entrent tous deux dans la maison, et découvrent le cadavre de la malade. Il y a des traces de lutte, et le meurtre ne fait aucun doute.

Aux policiers qui les interrogent, Seldom avoue qu'il s'attendait à trouver le corps. Plus exactement, qu'il s'attendait à ce que quelque chose se soit passé dans la maison : il venait de recevoir un message écrit composé d'un cercle parfait tracé à main levée et de l'adresse. Seldom a peur que ce symbole ne soit le signe que le meurtre ne soit que le premier d'une série...

Je suis sceptique. Est-ce le scénario, ou plus exactement l'adaptation (puisque le roman dont est tiré ce film, Mathématique du crime, est de Guillermo Martinez), qui pèche, ou l'histoire elle-même, c'est-à-dire le roman ? Evidemment, je ne pourrai en décider qu'après lecture. Pour l'instant, je reste donc sur ma faim.

Malgré une intrigue après tout pas mal tournée (quoique paraissant, sous sa forme cinématographique, d'une texture un peu ténue), j'ai eu du mal à me passionner vraiment pour les aventures de ces deux hommes à la poursuite du "tueur mathématicien". On est loin, dans le style "habillage intellectuel du crime", d'un Nom de la rose et même - à la limite parce que je n'ai pas particulièrement apprécié le film de Fincher - d'un Se7en... Les personnages manquent cruellement d'existence, la réalisation est somme toute assez inégale (on voit bien, au début du film, qu'Iglesia s'amuse à faire un plan-séquence pour montrer qu'à Oxford, tout se passe au même moment, le mouvement de caméra est joli, mais artificiel).

Il aurait probablement fallu que le film dure beaucoup plus longtemps pour être véritablement intéressant. Peut-être. Verdict après lecture du roman.

Et puis, je suis désolé, mais maintenant, quand je vois Elijah Wood, je vois Frodon Sacquet !

30.08.2007

La fille coupée en deux - Claude Chabrol

3bfa8d0c760afa1f1540970504552a06.jpgCharles Saint-Denis, écrivain à succès, vit reclus dans sa propriété des environs de Lyon avec sa femme Donna. Capucine, son éditrice, le convainc de participer à une émission littéraire diffusée par la chaîne de télévision locale. Dans les studios, il fait la connaissance de Gabrielle Deneige, la jeune présentatrice de la météo. Quelques jours plus tard, lors d’une séance de signature de son dernier ouvrage dans une librairie du centre-ville, il rencontre de nouveau la jeune femme, dont la mère travaille dans la librairie (je me demande même si ce n’est pas SA librairie, mais bon, passons). Il retombe sous son charme, et lui propose de se rendre en sa compagnie à une vente aux enchères de raretés bibliographiques. Charles offre à Gabrielle l’édition originale d’un roman de Louÿs acheté à la vente, puis l’emmène dans son appartement. Elle lui tombe dans les bras.

Mais un autre homme a été ébloui par la jeune présentatrice : il s’agit de Paul Gaudens, l’héritier du laboratoire Gaudens, qui la poursuit de ses assiduités bien qu’il sache qu’elle a une liaison avec l’écrivain. Paul est un garçon un peu bizarre, tantôt très assuré et très immature. Ses relations avec sa mère et ses sœurs sont exécrables, et il est sans cesse accompagné d’un garçon de son âge, dont on se rend très vite compte qu’il est autant là pour lui tenir compagnie que pour canaliser ses débordements...

La fille coupée en deux est le meilleur film de Claude Chabrol depuis fort longtemps ! J’y ai pris autant de plaisir que lors de la sortie de Merci pour le chocolat, plus que quand j’ai vu La demoiselle d’honneur (qu’il faudrait que je revoie, cependant, j’ai l’impression de le sous-estimer a posteriori) et infiniment plus qu’avec La fleur du mal ou L’ivresse du pouvoir.

Si l’argument de ce nouvel opus est simplissime (le triangle amoureux, la jalousie), le scénario le complique à souhait par la nature des personnages, les divers milieux dans lesquels ils évoluent. La direction d’acteur, la réalisation, la photographie sont parfaites, le sens du suspense qu’on connaît à Chabrol est une fois de plus totalement maîtrisé, et l’on ressort groggy après une dernière pirouette !

Le scénario s’inspire, en transposant l’histoire en France et à notre époque, d’un fait divers qui a eu lieu au début du XXème siècle à New York. Ragtime, roman de E.L. Doctorow, était aussi une variation sur ce thème.

16.06.2007

I don't want to sleep alone, de Tsai Min-Liang

f04603a81158d043edc0bbddc3112f4e.jpgA Kuala Lumpur, un sans abri est malmené, frappé et laissé pour mort par une bande à la solde d'un arnaqueur des rues. Un groupe de travailleurs bangladeshi le trouve allongé dans la rue et le recueille. L'un d'eux se charge plus particulièrement de lui et le fait revenir à la vie. Une fois remis, l'homme semble attirer toutes les convoitises...

Je sors à peine de la séance, et je dois dire que je suis bien embarrassé pour dire si j'ai aimé ce film de Tsai Min-Liang, dont j'apprécie pourtant souvent les oeuvres (The Hole, Et là-bas quelle heure est-il ?). C'est que, adepte des réalisations et des scenarii particulièrement lents, je trouve cette fois qu'il s'est carrément embourbé. La fumée qui envahit la capitale malaisienne (où le réalisateur revient après une longue absence) est l'archétype de ce qui semble, durant tout le film, empêcher les personnages de se mouvoir, de respirer, d'aimer librement. Tout est contraint, dans ce film, rien n'y est clair (tout le film se déroule dans la pénombre, ou quasiment), rien ne s'y passe simplement. Dès qu'un pan de l'histoire semble devoir se révéler (relations avec divers hommes et femmes notamment), l'épiphanie est immédiatement troublée par un élément extérieur.

Moi qui suis habituellement assez disert sur les films que je vais voir, je me retrouve à court d'argument, qu'ils soient en faveur ou en défaveur du film, d'ailleurs. En général, ça n'est pas très bon signe quant à mon opinion finale sur le film en question. Une chose est sûre, je ne peux pas vous le conseiller...

Pour terminer, l'une des belles images du film (il y en a, quand même !).

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18.05.2007

Next, de Lee Tamahori

medium_NextAffiche.jpgFrank Cadillac fait un petit numéro de magie et de voyance dans un cabaret de Las Vegas ; à la différence des autres, il est cependant réellement capable de voir le futur. Oh, pas très longtemps, juste deux minutes, et encore, seulement les événements dont il est (ou sera !) partie prenante.

Callie Ferris, agent du FBI, ne sait pas encore exactement quelles sont les limites du don de Frank (dont le vrai nom est Cris Johnson), mais elle a à coeur de l'enrôler pour l'aider dans sa quête d'une charge nucléaire qui serait sur le point de débarquer sur le sol des Etats-Unis.

De son côté, Cris se rend, matin et soir à 8h00 (et à 20h00, donc) dans un restaurant où il espère rencontrer celle dont il pense qu'elle est la femme de sa vie, et qu'il a, exceptionnellement, "vue" bien plus de deux minutes à l'avance. Pendant plusieurs jours, 8h09 et 20h09 (l'heure précise où, dans sa vision, se produit la rencontre) passent sans que rien ne se produise. Puis, une semaine après qu'il a eu son flash prémonitoire, elle entre dans le restaurant à l'heure prévue. Après quelques péripéties, il finit par s'approcher d'elle, et ils quittent ensemble le restaurant, Ferris à leurs trousses.

Adapté de L'homme doré, une nouvelle de Philip K. Dick (dont l'oeuvre avait déjà, dans l'histoire récente du cinéma, donné naissance au Minority Report de Steven Spielberg), Next est très divertissant (action, retournements de scénario dus au don de Cris, histoire d'amour...) mais est réellement un ton ou deux en-dessous de la manière dont Spielberg avait su faire passer l'univers "dickien" à l'écran. Ici, l'ambiance glacée de l'anticipation que l'on retrouve chez l'auteur américain est complètement édulcorée, et l'on se trouve devant un film d'action qui n'a rien de particulier ; les méchants sont très méchants (et parlent français, sans que l'on sache bien de quel pays ils viennent), les gentils sont vraiment des gentils, et les flics sont très cyniques.medium_Next1.jpg

Je ne suis pas un grand fan de Tamahori, dont je n'ai véritablement apprécié que le premier film, L'Âme des guerriers. Il y gardait on ne peut plus le contact avec son ascendance, ses traditions mahori. Il y avait du contenu, une grande force (une grande violence aussi...) dans cette première oeuvre. Depuis, je le trouve sans âme véritable.

 Que dire des acteurs ? Pas grand-chose, en fait. Aucun d'entre eux ne donne la pleine mesure de son talent. Cage - mais cela commence à devenir une habitude - n'est pas très inspiré. Quant à Julianne Moore, on la sent à l'étroit dans ce rôle d'agent spécial obnubilée par l'objectif à atteindre, et dont l'humanité ne perce qu'à de très rares moments. Enfin, Jennifer Biele n'a qu'un rôle de faire-valoir...

Globalement, n'allez voir Next que si vous avez besoin de ne pas penser à ce qui se passe, pour vous, dans la vraie vie - c'était mon cas, et le film a bien rempli son rôle : réussir à me faire passer deux heures pendant lesquelles je ne ressassais pas mon chagrin du moment.

14.05.2007

Loin d'elle, de Sarah Polley

medium_loindelleaffiche.2.jpgFiona commence à avoir des pertes de mémoire, à ne plus savoir où se rangent ses ustensiles de cuisine, ni comment s'appelle ce liquide rouge qu'elle veut resservir, pendant le dîner, aux amis que Grant, son mari depuis près de 45 ans, et elle ont invité ce soir-là. Les tests effectués livent leur diagnostic : quoique encore jeune, Fiona est atteinte par la maladie d'Alzheimer.

 Les incidents se répètent, deviennent de plus en plus préoccupants : partie skier au départ de leur maison de bord de lac dans l'Ontario, Fiona se perd. La nuit vient, Grant se lance à sa recherche et finit par la retrouver qui contemple l'eau bruissante sous un pont. Elle a l'air surprise de le voir là.

 Il faut donc se résoudre à faire admettre Fiona dans une résidence spécialisée. Le problème, c'est que le règlement intérieur est très strict : absolument aucune visite extérieure n'est tolérée pendant le premier mois de résidence. Pour ces deux amoureux qui ne se sont pas quittés pendant quasiment un demi-siècle, la perspective de la séparation est déchirante.

Le jour où Grant, qui a pris des nouvelles sommaires de Fiona par l'intermédiaire d'une infirmière, revient pour la première fois à la résidence, sa femme ne le reconnaît pas. Elle s'est attachée à un autre pensionnaire, plus dépendant qu'elle.

Sans aucun pathos, Sarah Polley, qu'on avait pu voir, en tant qu'actrice, dans le remarquable film d'Isabel Coixet, Ma vie sans moi, où elle campait une jeune femme atteinte d'un cancer et qui organise la vie de ses proches après sa mort, parvient à parler avec discernement, chaleur, empathie, d'un problème des plus actuel : les maladies du grand âge, et plus particulièrement la plus célèbre d'entre elles (pour laquelle Nicolas Sarkozy a d'ailleurs annoncé pendant sa campagne le lancement d'un plan équivalent à celui dont bénéficie le cancer), la maladie d'Alzheimer.

medium_loindelle1.2.jpgLes similitudes d'esprit avec le film de Coixet existent d'ailleurs (sans que cela ôte une once de reconnaissance pour le travail de Polley), puisqu'il s'agit pour Grant de reconstruire sa vie sans Fiona, en tout cas sans la Fiona qu'il a rencontrée quand elle avait dix-huit ans et avec qui il a passé les deux tiers de sa vie. Son attitude est remarquable, et constitue une infinie preuve d'amour.

Tout est fait en finesse, les choses sont dites à demi-mot, ce qui ne les empêche pas d'être parfaitement comprises. Polley filme au plus près des visages, et ses acteurs sont excellents, qui parviennent à faire passer tellement de choses dans leurs regards.

Et que dire de la performance de Julie Christie, tellement vive et pleine de vie au début du film malgré ses premiers "trous", puis qu'on voit petit à petit s'entourer d'un voile de brouillard qui semble la protéger contre les assauts du monde, mais aussi l'isoler de plus en plus de celui dont elle a si longtemps partagé la vie ? Simplement ceci : elle fait complètement exister son personnage, même quand elle n'est plus elle-même et pas encore une autre totalement, au moment de la transformation où la douleur est la plus vive, pour la malade comme pour son mari...

Enfin, si Polley, dans cette belle adaptation d'une nouvelle d'Alice Munro, montre les côtés glauques de la résidence - la scène qui nous montre la fin  de la journée de Noël est déchirante - elle ne fait pas un cheval de bataille des conditions de vie des patients (tout en donnant au spectateur les outils pour les comprendre et, pourquoi pas, s'en offusquer), car là n'est pas le propos du film.