02.09.2008

The Story of Edgar Sawtelle, de David Wroblewski

sawtelle.jpgAutant être clair tout de suite : ce livre est le meilleur que j'aie lu depuis le début d'année, ça c'est sûr, et probablement un peu plus.

Basé sur l'argument de Hamlet, The Story of Edgar Sawtelle se situe dans le Wisconsin rural et met en scène, en tant que personnages principaux, la famille Sawtelle : le père, Edgar, qu'on appelle Gar, est éleveur d'une race de chien patiemment élaborée par son père. On appelle d'ailleurs cette race Sawtelle. La mère, Trudy, l'aide dans son entreprise en se chargeant du dressage des chiens. Car il est impensable pour les Sawtelle de vendre des chiens non dressés, et leurs chiens sont incroyables d'obéissance et d'intelligence. Le fils, Edgar, va encore à l'école mais aide également ses parents, comme la plupart des enfants de paysans, dans les travaux du chenil. Enfin, Almondine, la chienne qui a vu naître Edgar et a été la première à comprendre, avant ses parents, que le petit était muet. Une incroyable complicité la lie à son jeune maître. Alors qu'Edgar apprend les signes pour communiquer à son entourage humain, Almondine invente pour eux deux un langage à part...

Puis surgit Claude, le jeune frère de Gar, et tout change. De résolument heureuse, l'atmosphère de la maison s'alourdit. C'est là que commencent à s'enchaîner les événements qui rapprochent l'histoire que concocte Wroblewski de la tragédie de Shakespeare.

D'ailleurs, beaucoup des personnages y sont, du vieux roi (Gar) à Hamlet bien sûr (Edgar) en passant par Claudius (Claude), Gertrude (Trudy), Pollonius (le Dr Papineau, le vétérinaire qui s'occupe des chiens), Laertes (Glen, le fils de Papineau et shérif de Mellen). Même Ophélie peut se cacher derrière Almondine

Je sors retourné de ce magnifique roman pendant lequel je me suis pris tour à tour d'affection, de tendresse, de colère pour les personnages. Le coeur fait des bonds, les larmes, parfois, ne sont pas loin. Wroblewski réussit le tour de force, sur une base revue et corrigée des centaines de fois (à combien d'auteurs Hamlet a-t-elle servi de point de départ ?), à créer un univers, des personnages incroyablement vivants.

Et que celui qui n'aime pas les chiens me dise qu'il n'a pas aimé ces chiens-là...

04.07.2008

Encore obligé de faire une liste de mes lectures passées

Bon, une fois de plus, j'ai laissé passer du temps, du coup je suis obligé de ne faire que dresser la liste de mes lectures des dernières semaines :

Sophie's Choice de William Styron

The Sorrows of an American de Siri Hustvedt

Ils ont tué Pierre Overney de Morgan Sportès

L'homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre

The Waves de Virginia Woolf

Les bonnes intentions d'Agnès Desarthe

Everyman de Philip Roth

The Life Before Her Eyes de Laura Kasischke

A Scanner Darkly, de Philip K. Dick

scanner-darkly.jpg

Ce n'est que le deuxième roman de Philip K. Dick que je lis, mais je sens d'ores et déjà que je vais aimer beaucoup de ce qu'il a écrit. Déjà, dans Counter-Clock World, j'avais senti ce qui me plaît énormément également chez un auteur comme Don DeLillo : cette capacité à analyser le monde, puis à exagérer (quoique...) pour l'amener au bord du gouffre.

A Scanner Darkly est une plongée dans le monde de la drogue et des brigades des stups. Un inspecteur est infiltré, sous le nom de Bob Arctor. Le problème, c'est que pour faire vrai, il est obligé de prendre un peu de drogue lui-même. Hors, la Substance D a pour effet, à moyen terme, de créer de véritables schismes psychologiques. Au bout d'un certain temps, Fred, l'inspecteur, ne sait plus qu'il est aussi Bob Arctor, et se lance à corps perdu à sa poursuite...

03.05.2008

Divisadero, de Michael Ondaatje

1806873704.jpgLe nouvel opus d'Ondaatje. Destins croisés de trois jeunes gens (un garçon, deux filles), qu'un événement dramatique a séparés.

Les critiques sont plutôt bonnes, certains vont jusqu'à dire qu'Ondaatje est le digne héritier de Faulkner et Garcia Marquez. Bien qu'ayant apprécié ses précédents romans, je le trouve tout de même à des distances incommensurables de ces auteurs-ci (surtout Faulkner...). Je demande à voir !

 Verdict dans quelques jours.

30.04.2008

Gothique Charpentier, de William Gaddis

Une maison, dans la campagne de l'Etat de New-York. Une femme, Elizabeth, entourée d'hommes qui l'appellent Liz, Beth, ou autre, selon qu'ils sont son mari, son frère, le propriétaire de la maison.

Une atmosphère pesante, due au huis-clos et aux batailles qu'on sent gronder, dans le monde extérieur. Batailles politiques, batailles religieuses, batailles économiques.

Des histoires de famille, elles aussi politiques et économiques.

Un roman tourbillonnant, notamment grâce au style très particulier de Gaddis, qui mêle discours et narration, ou plutôt dialogue et didascalies. Du reste, le roman s'articule autour de quelques actes, qui voient, inexorablement, le couple, la famille, et allégoriquement, l'âme de la nation, courir à leur perte.

Un choc, semblable à celui que j'ai ressenti lors de ma découverte de Faulkner avec Le bruit et la fureur. Décidément, ma famille littéraire est là, entre l'auteur de Sanctuaire et celui d'Outremonde. Gaddis entre dans mon univers familier.

Oscar Wilde and the Candlelight Murders, de Gyles Brandreth

459216698.jpg
Roman policier d'un autre type, Oscar Wilde and the Candlelight Murders met en scène l'auteur dans un épisode fictif de son existence : l'enquête sur le meurtre d'un jeune prostitué chez lequel il se rendait.
Il sera aidé dans ses investigations par Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. 

29.04.2008

Gothique Charpentier, de William Gaddis

1055784286.gif

 

Dans ce huis-clos au style original (les parties narratives sont mêlées aux dialogues sans séparation), William Gaddis, auteur d'oeuvre bien plus monumentales que celle-ci, brosse un portrait au vitriol des relations internationales des Etats-Unis, et plus particulièrement son rapport à l'Afrique. Les trois personnages centraux (Elizabeth, Paul et Mr McCandless) jouent imperturbablement leur rôle, mais la maison reste le seul point fixe : à l'intérieur rien ne bouge, toutes les nouvelles viennent de l'extérieur, un peu à l'image des huis-clos théâtraux. D'ailleurs, ce roman n'est pas sans me rappeler Les mains sales, de Jean-Paul Sartre.

Une lecture pas aisée, mais très enrichissante.

Un court résumé de mes lectures des mois écoulés

Evidemment, au cours des mois passés, je ne me suis pas arrêté de lire, même si mon rythme a été très largement ralenti...

En vrac, et à peu près dans l'ordre chronologique, il y a eu :

Everything's Eventual / Tout est fatal, recueil de nouvelles de Stephen King

On the Road / Sur la route, de Jack Kerouac

The Jungle / La jungle, d'Upton Sinclair

Shutter Island, de Dennis Lehane

Travels With My Aunt / Voyages avec ma tante, de Graham Greene

 

23.01.2008

Cartographie des nuages, de David Mitchell

f433cc9c942ce7f83d9878203eb919da.gif

Avis à ceux qui apprécient les incises, les mises en abyme, les récits circulaires : ce roman est fait pour vous. En plus de 650 pages, David Mitchell explore les genres du récit de voyage, de la farce, du roman d'espionnage (industriel), de la science fiction et de l'anticipation, chaque partie étant liée subrepticement à la précédente. Un régal pour les amateurs d'aventures et ceux qui, ayant gardé leur âme d'enfants, continuent à adorer se laisser porter par un récit haletant.

14.01.2008

Travels in the Scriptorium, de Paul Auster

9544dc90aa304ceb3aaa44bcbbc63add.jpg
Après le succès de Brooklyn Follies, roman qui tranchait avec le reste de l'oeuvre d'Auster par une présence beaucoup moins désincarnée des personnages, ainsi que par une trame narrative beaucoup plus linéaire, l'écrivain new-yorkais revient, avec ce huis-clos qui met en scène un vieil homme semblant amnésique et enfermé dans une pièce contenant un lit et un bureau, à une forme plus classique pour lui... mais beaucoup moins pour les lecteurs qui en feraient la connaissance avec ce roman.
Oeuvre très courte (moins de 150 pages), Travels in the Scriptorium paraît très simple en surface (les actions du vieil homme, de même que ses pensées, sont relativement basiques), mais pose de vraies question sur le métier d'écrivain, et sur la recherche de l'identité, du moi profond, un des thèmes de prédilection d'Auster.

Toutes les notes