05.11.2007

La fin d'une liaison, de Graham Greene

55b2ae443070c430396853df28ebe899.jpgQuand l'auteur Maurice Bendrix rencontre Henry Miles ce soir pluvieux, il hésite à le saluer. Il opte finalement pour la cordialité, et entre de nouveau dans le cercle intime du haut fonctionnaire.

Il a été l'amant de sa femme, Sarah ; leur histoire s'est brusquement interrompue deux ans auparavant, en pleine guerre. Bendrix espère sans se l'avouer vraiment qu'ils vont se retrouver, mais leur première entrevue, décidée quelques jours après qu'ils se sont croisés chez les Miles le soir où le romancier a raccompagné le président de l'un des comités royaux, ne se passe pas du tout comme il le faudrait.

Dans une langue ciselée, légère et pénétrante à la fois, Greene nous fait connaître ses personnages au plus profond, mais par petites touches, par détails donnés au compte-gouttes. Si La fin d'une liaison paraît, de prime abord, n'être qu'une histoire de passion déçue et de reconquête, on entre au fur et à mesure dans ce qu'on pourrait appeler un thriller métaphysique ; les questions se résolvent en faisant apparaître d'autres énigmes, les souvenirs dévoilés éclairent d'un jour nouveau le comportement des personnages centraux (Bendrix, Sarah, Miles). La tragédie n'est jamais loin, on le sent, mais elle surprend tout de même quand elle finit par arriver, et Greene nous laisse alors aussi décontenancé que ses protagonistes, avec au coeur les mêmes regrets qu'eux, la même rage.

Greene prend pour écrin cette histoire d'amour entre un homme et une femme pour interroger la foi d'une manière tout à fait intéressante puisqu'il l'aborde par le versant du refus de croire, et examine comment celui-ci peut s'interpréter comme de la foi : après tout, quand on en est à refuser de croire en quelque chose, on peut estimer que c'est déjà parce qu'on reconnaît la possibilité de son existence... Loin des dogmatismes, ce point de vue laisse toute la place au doute chez le croyant comme chez le non-croyant.

Ce roman a donc un double intérêt : c'est une très belle histoire d'amour et c'est un point de départ pour une réflexion personnelle sur la confiance, la foi, la spiritualité, le doute. Sans oublier que c'est un véritable bonheur stylistique (enfin, ça l'a été pour moi !).

06.09.2007

La fin d'une liaison, de Neil Jordan

6b3043e35647693ec76eeeddcbb5ea9d.jpgQuand Maurice Bendrix rencontre, par une nuit pluvieuse, son ami Henry Miles dans les rues de Londres, le passé remonte à la surface. Il y a deux ans qu'ils ne se sont pas vus, et Bendrix, qui voit Henry mal en point, lui propose de le raccompagner chez lui. Il se rend compte en discutant un peu que le problème vient de Sarah, l'épouse de Henry, et que ce dernier est allé jusqu'à prendre les coordonnées d'un détective privé car il soupçonne sa femme de le tromper. Pourtant, il n'est pas allé plus loin, soit par amour pour elle, soit plus prosaïquement par peur de ce que le détective pourrait découvrir.

Bendrix propose à Henry de contacter lui-même le détective, mais Henry refuse. Cependant, Bendrix a retenu l'adresse de l'agence, et il s'y rend pour faire suivre Sarah. Sur ce, la jeune femme appelle Bendrix pour lui proposer un rendez-vous, au cours duquel on comprend qu'ils ont été amants et que leur relation s'est interrompue pour une raison mystérieuse deux ans auparavant.

Ce film est une adaptation saisissante du roman de Graham Greene, envoûtante et mystérieuse, sensuelle et saisissante. La photographie est particulièrement soignée, les décors également. Quant au scénario... c'est du Greene ! ce qui signifie que les personnages sont fouillés, qu'on en sait au final beaucoup sur leur fonctionnement mental. Je lirai prochainement le roman (acheté hier !), j'en ferai un petit compte-rendu qui complètera bien, je pense, cette très courte note sur son adaptation filmique.7a9748b61f10edd2f5341cab0049f8c2.jpg

Je ne veux pourtant pas terminer sans saluer le jeu des acteurs, tout en finesse et suivant au plus près l'évolution de leurs personnages. De Ralph Fiennes à Alan Rickman tout en passant, bien sûr, par la grandiose Julianne Moore, tous sont criants de vérité !