28.08.2007

L'aigle et l'ange, de Juli Zeh

86cce0a8258d6c0b8ada8cdc5661fdf5.jpgMax est fini. Lessivé. Avocat dans un grand cabinet basé à Vienne, il travaille à Leipzig et ne se remet pas du suicide, deux mois auparavant, de sa petite amie Jessie. Il faut dire qu’elle s’est tiré une balle dans la tête alors qu’ils parlaient au téléphone… D’ailleurs, Max en est resté sourd de l’oreille qui était contre le récepteur. Lui qui était déjà cocaïnomane avant ce désastre, il n’est quasiment plus que ça. Quasiment, parce qu’il est aussi le maître de Jacques Chirac, le dogue de Jessie.

Un soir débarque chez lui Claudia. Claudia est animatrice d’une émission de radio nocturne, dans laquelle elle fait office de confidente un peu trash des paumés et autres insomniaques. Max l’a appelée, un soir, et la voilà. Physiquement, elle n’est pas du tout ce qu’il imaginait : il la voyait brune, elle est blonde ; il la voyait sévère, elle est plutôt boudeuse et gamine. Elle qui ne fume pas, elle sort de son sac un paquet de cigarette et lui en offre, puis elle fait ce qu’elle sait faire de mieux : le faire parler.

Max raconte tout ; son amitié avec Shershah, le beau gosse à qui tout réussit qu’il a connu dans un établissement scolaire pour gosses de riches, l’arrivée de Jessie et la manière dont elle est tombée amoureuse de Shershah.

Claudia est étudiante, thésarde en psychologie, et elle a décidé de faire de Max le sujet de son étude ; elle a perçu en lui le petit détail qui fait le tueur. Vont s’ensuivre de nombreux entretiens, au cours desquels le récit de Max va se faire de plus en plus sombre, puis l’affrontement entre la psy et son sujet va se transformer en une sorte de complicité pas tout à fait franche.

J’ai lu avec un intérêt croissant et un plaisir jamais démenti ce premier roman de Juli Zeh, dans lequel elle fait montre de sa connaissance parfaite (mais bon, c’est son métier !) des arcanes judiciaires allemands, mais aussi européenne, et de la géopolitique européenne (des Balkans en particulier) ou des « canaux de distribution » de la drogue à l’est de l’Europe.

C’est à n’en pas douter un roman très noir, comme le sera par la suite La fille sans qualités, qui a attiré certaines critiques négatives du fait de l’impossibilité d’en faire ressortir un seul héros positif. Et pourtant, j’ai trouvé, personnellement, qu’on pouvait terriblement s’attacher à Max ; à Claudia un peu moins, parce que ses motivations sont trop égoïstes ; et à Jessie… énormément, même s’il ne s’agit souvent que de pitié. Une chose est sûre : aucun d’entre eux ne laisse indifférent.

Malgré une traduction que j’ai trouvé un peu moins habile que celle de La fille sans qualités, on trouve déjà, dans cette œuvre première, le style coulé mais sans fioriture qui est la marque de fabrique de Zeh, qui sait ménager ses effets et ses ruptures de rythme pour faire, d’un coup, sursauter son lecteur après l’avoir un temps enveloppé dans la douceur d’un récit bien mené. Au total, c’est un choc.

28.06.2007

La fille sans qualités, de Juli Zeh

fa7e72aaf6240a67d821cdae1eb99209.jpg